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1870 : quand l’avocat, fondateur de la IIIe République, empruntait une montgolfière et arrivait à Darnétal pour briser l’encerclement prussien

Quand les troupes prussiennes encerclent Paris en 1870, le futur fondateur de la IIIe République, avocat de formation et qui lors du procès Delescluze (1868) a montré sa virulente critique du second empire, Léon Gambetta, ministre délégué de la guerre, emprunte une montgolfière pour sauver Paris et briser l’encerclement. Il veut rallier Tours pour organiser une armée. Mais son ballon s’échoue près d’Amiens et, après moult péripéties, l’avocat parvient à rallier Rouen et emprunte un train spécial. Mais avant de partir, il prononce un discours de mobilisation à Darnétal, tout près du moulin de Pannevert, le samedi 8 octobre 1870. « Il faut que d’énergiques populations se lèvent pour sauver la France », tonne l’orateur au milieu d’une immense foule.

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Un mois plus tard le « Jean Bart », ballon des Tissandier, tente le chemin inverse mais subit un atterrissage forcé à Heurteauville.

Depuis le départ du 1er ballon le 23 septembre 1870 jusqu’au 28 janvier 1871 fin du blocus, 67 ballons quittèrent Paris, transportant 164 passagers, 381 pigeons, 5 chiens et 2 à 3 millions de lettres.

En temps de guerre les aérostiers et leurs passagers risquaient l’arrestation, l’exécution sommaire ou une condamnation pour espionnage.

Source: http://www.paris-normandie.fr/region/1870–quand-l-avocat-fondateur-de-la-iiie-republique-empruntait-une-montgolfiere-et-arrivait-a-darnetal-pour-briser-l-encerclement-prussien-GE6042833#.V90HwYVOLZs

Les bacs d’heurteauville : une tradition très ancienne

L’existence d’Heurteauville était intrinsèquement liée à celle de l’abbaye de Jumièges et à son port. 

Le patrimoine local porte toujours les traces de la présence de l’abbaye de Jumièges, à travers par exemple de la grange dîmière des moines ou les terrasses aménagées pour cultiver la vigne. Leur création au pied des falaises de calcaire permettait de bénéficier du microclimat engendré par la réverbération des rayons du soleil sur la craie.

Le port de l’abbaye est lui-même situé rive gauche, la rive droite étant une plaine inondable.

L’intérêt des hommes pour le site d’Heurteauville remonte cependant à une période bien plus ancienne, a priori à l’époque de la Tene ou second Âge du fer (environ 450 av. J.-C. et 25 av. J.-C.).). La conformation géographique des lieux y est pour beaucoup. Ici, les méandres se resserrent au point que le passage de la Seine s’impose naturellement aux hommes comme aux animaux : passage à gué probablement, mais surtout en bateau, en dépit des courants souvent très forts.

carte Cassini HeurteauvilleHeurteauville est par ailleurs situé sur un axe de communication très fréquenté, notamment durant le Haut Moyen Âge. Ces deux caractéristiques favorisent la création d’un port passage très tôt (et pour la petite histoire, les animaux – cerfs, sangliers… continuent aujourd’hui encore à traverser la Seine à la nage régulièrement à cet endroit !

  Un axe privilégié

Sous Philippe le Bel, en 1311, le port de Jumièges faisant partie des 10 bureaux chargés de la perception des taxes. Le passage propriété de l’abbaye situé sur un axe de circulation traditionnellement fréquenté, sera le plus utilisé au départ que celui de Caudebec-en-Caux.

bacdyainvillePour relier les deux rives est utilisé un bateau à double entrée, c’est le premier bac ! Celui–ci permet dès le XIVe siècle de faire passer chevaux, voitures, chariots…

Quand la Seine était trop gelée, ce qui arrivait notamment pendant plusieurs hivers froids au XVe siècle, les voyageurs passaient sans s’acquitter de droit.

Passage du trait Ce passage fermé en 1980 existait depuis le XIV ème siècle

Passage du trait Ce passage fermé en 1980 existait depuis le XIV ème siècle

Les courants sont souvent violents en bord de rives et il faut parfois récupérer les embarcations des moines parties à la dérive. Le port de Jumièges aurait même été emporté en 1650. Pourtant ce ne sont pas les difficultés de navigation mais la surtaxe opérée par la Vicomté (représentant le roi) qui entraîne petit à petit le déclin de l’utilisation de ce passage et de ses bacs.

  Appeler le bac

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Cette cloche de passeur en provenance de Yainville était utilisée pendant le XXe siècle. Elle permettait de signaler sa présence au passeur. Au départ manuelle, elle a eu droit ensuite à une installation électrique. Dépôt du service des bacs Ponts et chaussées à Muséoseine.

Jusqu’à l’arrivée de la vapeur au XIXe siècle, les bacs sont des embarcations manœuvrées à la rame ou à la voile. Le passeur, chargé de faire passer les voyageurs à bord de son embarcation, habite sur une des deux rives (ou les deux) ; les voyageurs l’appellent à l’aide d’une cloche.

Le prix de passage

Carte utilisée par les usagers des bacs avec véhicule. Elle identifie le nom de l’utilisateur, le type de véhicule, la commune de l’usager… Editée par « Passages d’eau département » aux environs des années 1950 à 1960, c’est un don privé à Muséoseine

Carte utilisée par les usagers des bacs avec véhicule. Elle identifie le nom de l’utilisateur, le type de véhicule, la commune de l’usager… Editée par « Passages d’eau département » aux environs des années 1950 à 1960, c’est un don privé à Muséoseine

Le prix du passage et ses formes varient selon les époques. Les riverains paient parfois en jetons, en cartes… par la suite le bac à moteur a remplacé progressivement le bac à rames.

Aujourd’hui, alors que les bacs de Caudebec-en-Caux et la Mailleraye-sur-Seine ont disparu, ce service est indispensable pour effectuer les passages d’eau. Ce service continue à rythmer la vie des habitants d’heurteauville et les riverains. La commune d’heurteauville est cas unique en France, une double ligne de bacs dans un même village: l’une vers Jumièges et l’autre vers Yainville.

Des cahiers de doléances 

Bien évidemment, au fil des siècles, le fonctionnement de ce service a enregistré quelques dysfonctionnements… Comme en témoignent les cahiers de réclamations remplis par les voyageurs.


 

Extraits des cahiers de réclamations des bacs

Ces réclamations sont reproduites telles quelles, avec leurs éventuelles fautes d’expression et d’orthographe. En premier la réclamation, en second, la réponse.


1-Février 1959 De Terrain Fernand JE déclare à HH moins 10 le passeur était pas ici nous avons entendus jusqu’à 5H un car Terrain Fernand – Heurteauville 


2-Heurteauville le 21 février 1959 Je soussigné Thérain Fernand je déclare que la réclamation ci-dessus n’émane pas de moi et n’ai qu’à me louer des services du au passage d’eau, il s’agit d’un mauvais plaisant de la réclamation. Thérain Fernand 


1-Heurteauville le 2 Mars 1956 Les ouvriers de passage protestent sur l’absence du passeur à 6h30 de ce jour. Ces ouvriers demandent que ce fait ne se reproduise pas ainsi que le remboursement du temps de perte (soit 1h (en moyenne 150 f. par personne)/ Ci-joint les noms des personnes présentes. Les gens présents au moment de cette inscription vous pouvez tous certifier ce cas par leurs signatures.


2-Monsieur Pépin Donat, Fermier du passage d’eau du Trait Je m’excuse de cet incident en dehors de ma volonté. Pour des raisons encore inconnues de ma part, le matelot qui était de service sans prévenir qu’il ne venait pas n’est pas venu de la journée. C’est l’autre matelot qui n’étant pas de service est venu immédiatement mais a quand même donné trois-quart d’heure de retard. J’ai immédiatement pris des mesures énergiques qui s’imposent que dans un mois à date de ce jour il ne ferait plus parti du personnel du bac M. Pépin-Donat Fermier du Passage du passage d’eau Villequier le 2 Mars 1956


1- Madame Lefèvre J Pierre Jumièges 8/11/78 Je trouve inadmissible d’arriver à 2H1/2 et d’avoir attendu jusqu’à 16h pour pouvoir passer sur Heurteauville. Etant une habituée du passage, ayant de la famille de l’autre côté et y faisant mes courses en même temps telle que mon beurre et mes pommes. 2-Madame Lefèvre se trouvant rive droite à 2H30, et n’ayant personne à 2H30 rive gauche, et vu les nouveaux horaires les passages étant interrompu jusque 16 Heures. Le 8-11-78 Samson


1-Octobre 1972 Ce jour 22.10.72 étant pour embarquer au Bac de la Mailleraye à 8h35 pour changement du côté de cale à cause du flot, un différant est intevenut entre moi et le personnel du Bac c’est que qui a amené la Brigade de la Mailleraye à intervenir, ce qui m’a fait subir une prise de sange à mes frais pour autant négatif


2- Réclamation incompréhensible – signature illisible Que réclame le plaignant ? Quel est le différend ? Pourquoi une prise de sang ? Nécessité d’une enquête 23/10/72 L’enquête a permis d’établir que:

  1. L’usager a eu des difficultés pour embarquer parce que son véhicule était démuni de marche arrière
  2. Il a tenté de stationner sur les tabliers mobiles d’embarquement
  3. Il a menacé l’équipage avec un fusil de chasse
  • toutes ces infractions ont fait l’objet d’un procès-verbal de contravention 13/11/72

Il est apparu que le différend est survenu parce que le bac a changé de place dans la cale à l’arrivée du flot. Si M. Cordier était resté sur le parc de stationnement, il n’aurait eu besoin de faire reculer sa voiture démunie de marche arrière.


1-Juin 1969 Monsieur Marchand Marius a sonner a 17H0 pour avoir le bac a 17H30. Réclamation Mr Fleury n’a pas fait 17H30.

  1. Fleury a pas fait 18H ni 18H30

Marchand 


2-Monsieur Marius Marchand ivrogne invétéré était cette après-midi du 20 Juin 1969 en état d’ivresse prononcé. Les faits se sont déroulés de la manière suivante : 17h00 : je passe de la RD à la RG un passager. 17h20 : Monsieur Marchand commence à sonner RD. 17h30 : Personne à passer au départ RG Pendant ce temps, Mr Marchand, que j’observe à la lunet-te d’approche, sonne sans arrêt, je remarque qu’il titube énormément. 17h45 : Je traverse à vide pour faire arrêter de sonner cet énergumène qui m’apostrophe en me disant qu’il voulait passer de suite car il attendait depuis 17h00. Voyant de près dans l’état où il se trouvait je lui annonçais que je refusais de l’embarquer tant qu’il serait dans cet état. 18h00 : pas de passager Monsieur Marchand qui commence à récupérer mais qui a le vin mauvais me demande le registre des réclamations, après hésitation je lui fournis, car d’une part, je désire que le service chargé du contrôle puisse juger sur pièce, d’autre part je tiens à ce que cet homme regrette son geste. 18h30 : pas de passager 19h00 Un passagère plus Mr Marchand déjà fortement dégrisé et assez penaud Le Trait le 21 juin 1969 Monsieur FLEURY


Voici quelques illustrations anciennes des bacs

Crédits photos : MuséoSeine, bacsdeseine.over-blog.com, melao.free.fr, Heurteauville, jumieges.free.fr

Article coécrit avec le muséoseine

La chapelle du Bout-du-Vent

HEURTEAUVILLE. La chapelle est située à un endroit où « le vent cessait d’être utile aux voiliers remontant le fleuve. »

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Avant le XVIII siècle la paroisse d’Heurteauville était coupée en deux,  les habitants d’Heurteauville dépendent, de Jumièges devaient traverser la Seine pour assister à leur culte religieux et enterrer leurs morts.

En 1710, le curé de Jumièges demande un nouveau vicaire1 pour desservir Heurteauville. Sa paroisse était déjà très étendue allant des Sablons au Conihout.

Pour se rendre à la messe, plusieurs accidents ont eu lieu ! Le 15 août 1726, une pétition des habitants du hameau a été faite devant le risque encouru. Cette pétition évoque  demande un lieu de culte et met en avant une vingtaine de noyades. Les registres religieux n’en recensent que trois noyés en juillet 1722.

Une enquête est ensuite effectuée par L’archevêché qui ouvre une enquête de deux commodo et incommodo dès novembre 1726. L’année suivante le 1er avril 1727, un arrêté au conseil d’État est paru sous l’ordre du roi Louis XV. L’arrête. LA chapelle d’Heurteauville sera construite sur le terrain cédée par les sieurs Chantin et Saffray.

Tout prête en forêt de Brotonne à Guerbaville, la chapelle du Torp semblait abandonnée, car elle était trop loin et la traversée du marais de la Harelle était dangereuse. Une ordonnance du 10 novembre 1727, l’archevêque  promet à l’abbé Saint-Simon de faire démolir la vieille chapelle du Torp. Les matériaux, la cloche, les vases, linges, images et ornements sacrés serviront à la construction de la nouvelle chapelle.

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La nef autrefois.

En 1730, les travaux sont terminés. La chapelle placée sous le vicaire de Saint-Simon et Saint-Jude, les deux trônants de chaque côté du portail d’entrée. Finalement, les pierres de la chapelle du Torp n’ont pas servi à la construction. Elles seront extraites dans les carrières de Port-Jumièges, celles-ci propriétés de l’abbaye de Jumièges. En revanche les ornements, charpente et cloche proviennent bien de la chapelle du Torp.

Malheureusement, la cloche comme toutes celles de la région a été fondue pour les canons en 1794. Celle qui sonne aujourd’hui date de 1819.
Situé en bord de seine, le nom de la chapelle du bout du vent d’Heurteauville a son explication. C’est à son niveau que les vents cessaient d’être utiles aux voiliers remontant le fleuve. Les chevaux devant prendre le relais depuis la berge pour tirer les bateaux jusqu’à l’endroit où les vents soufflaient à nouveau. La chapelle mesure 18,15 m de long sur 6,85 m de large. À l’arrière, la sacristie est un rajout opéré en 1890.

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  • 1 Un vicaire est un prêtre qui assiste le curé dans une paroisse catholique.
  • 2 Enquête préalable effectuée par l’Administration, avant la prise de certaines décisions.

La vidéo effectuée par Tourisme en Caux Vallée de Seine

 

 

Le four à chaux et le cadran solaire d’Heurteauville: uniques en leur genre !

espaliersSur les bords de la Seine, face à la célèbre abbaye de Jumièges, qui aurait pu imaginer découvrir un vestige industriel du XIXe siècle ? C’est pourtant dans la petite commune d’Heurteauville qu’en 1833 fut construit un four à chaux qui resta en activité jusqu’en 1873 environ. Les propriétaires actuels l’ont acquis il y a quelques années avec un cadran solaire, situé sur la maison d’habitation.

(Le four à chaux apparaît déjà sur cette gravure ancienne représentant les jardins de culture d’Heurteauville-Port-Jumièges, domaine appartenant à l’Abbaye de Jumièges) 

Une restauration  urgente

Or, depuis quelques années, ces deux éléments patrimoniaux résistaient de moins en moins bien à l’usure du temps. C’est pourquoi, en 2003, les propriétaires ont entrepris leur restaura- tion avec le soutien de la Fondation du Patrimoine et de la Direction Régionale des Affaires Culturelles de Haute-Normandie. La consolidation du four s’avérait de plus en plus nécessaire, les ferrures qui maintenaient la maçonnerie n’ayant pas résisté à l’hiver et entraînant avec elles la détérioration de la tête du four. Soucieux de la sauvegarde du patri- moine, les propriétaires ont décidé de restaurer également le cadran solaire monumental, original par ses dimensions. Fissuré de toutes parts, les ins- criptions s’effaçaient chaque année un peu plus, mais ce cadran a aujourd’hui retrouvé toutes ses couleurs.

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Fissuré de toutes parts, avec des inscriptions victimes de l’usure du temps, le cadran solaire d’Heurteauville a retrouvé toutes ses couleurs. En-bas à droite, on peut lire: « Après l’heure finie, l’infini ».  (Photo Fdp & Heurteauville)

Le four à chaux : un élément précieux du patrimoine artisanal

Four_chauxCe four à chaux ne fut pas construit là par hasard. Tous les matériaux nécessaires à la fabrication de la chaux, à savoir la craie et le bois, se trouvent à proximité. Non loin du four, sur les bords du halage, la craie était ainsi extraite des falaises du bord de Seine et le bois de chauffe ramassé dans la forêt de Brotonne qui borde la propriété.

La transformation de la craie en chaux nécessite en effet plusieurs stères de bois pour atteindre 900 à 950°C environ. A cette température, la pierre calcaire se calcine et se transforme en chaux vive en perdant son gaz carbonique. Pour parvenir à cette réaction chimique, le chaufournier introduisait les pierres à partir du sommet du four (appelée le gueulard), en prenant soin de former une voûte dans sa partie inférieure, sous laquelle il allumait le feu. Il l’alimentait ensuite de façon régulière pour maintenir la température à 950°C pendant 6 à 7 jours.
Une fois la réaction chimique réalisée, après avoir laissé refroidir le tout à l’aide d’une grande quantité d’eau. La chaux était récupérée grâce à une ouverture basse du four appelée l’ébraisoir. La cendre puis les anciens blocs de craie devenus pierres de chaux vives étaient extraits du four. Le chaufournier procédait ensuite à son hydratation pour obtenir de la chaux grasse (en pâte) puis par assèche- ment, de la poudre. La chaux entrait ainsi dans la composition des enduits pour le bâti placée dans des barils ou comme amendement calcaire des terres acides dans l’agriculture.

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Après plus d’un an de travaux, ce four à chaux, précieux ouvrage du patrimoine industriel a retrouvé sa splendeur d’antan. A la sortie du bac de Jumièges, tous peuvent désormais admirer cet ouvrage indispensable aux constructions de nos anciens. (Heurteauville & Photo Fdp)
 
 

 

Source: Interne et Lettre régionale d’Information n°4 – Fondation du Patrimoine www. fondation-patrimoine.com

 

 

 

 

« L’autre côté de l’eau »

delautrecotedeleauL’étude de A. Joubert portant sur la perception qu’ont les habitants des 2 rives de la Seine, en aval de Rouen, sur l’autre rive et ses habitants.

DEA d’Ethnologie à l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences sociales sous la direction d’Isac Chiva, année 1988

Vous y  retrouverez des informations très intéressantes sur notre commune d’heurteauville

Lire l’étude : ICI

La naissance d’Heurteauville

Une paroisse coupée en deux par un large fleuve, le cas de figure est plutôt rare hors des villes. C’était pourtant le cas de Jumièges…

Sur la rive gauche de la Seine, le hameau d’Heurteauville avait été donné à l’abbaye par Richard II, en 1027. Voilà qui posait des difficultés sur le plan religieux. Puis sur celui de l’administration civile. Quand vint le XIXe siècle, l’idée de l’indépendance d’Heurteauville s’affirma avec force. A partir du 22 juillet 1831, un adjoint spécial fut nommé. En 1867, on consulta 204 Jumiégeois sur la question. 203 votèrent pour la scission. Et c’est le 30 octobre 1868 qu’Heurteauville devint officiellement une commune à part entière.

Restait à lui trouver un maire…

Qu’est-ce qu’Heurteauville en 1868 ? C’est quelque 450 habitants. Point de hameaux. Mais des lieux-dits: le Passage, Port-Jumièges, jadis chantier de construction navale et point de départ vers Terre-Neuve. Et puis la Harelle, ce fameux marais infecté de reptiles et traversé par le ruisseau du même nom. Cinquante ans plus tôt, un curieux commerce nourrit là quelques habitants: celui des sangsues!
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Le bâtiment le plus imposant ? Assurément l’ancienne grange dîmière, près du presbytère. L’église paroissiale date de 1730, construite, dit-on, à la suite du naufrage de 40 paroissiens se rendant à la messe de Jumièges. Un événement dont on ne trouve nulle trace tangible. le 15 août 1726, des habitants d’Heurteauville pétitionnent, « vu la difficulté pendant une grande partie de l’année d’assister au service divin à l’église qui est sur la rive droite de la Seine ». En 1727 était décidée l’érection de l’église. Elle aura pour nom chapelle du Bout-du-Vent et est dédiée à Simon et Jude. Mais à Port-Jumièges, on voit encore les vestiges d’une chapelle Sainte-Austreberthe. Une fête populaire a lieu en son nom le lundi de Pentecôte. Il y avait là parait-il un cimetière mais, en 1868, les gens d’Heurteauville ont toujours leur carré réservé dans celui de Jumièges. Enfin, on garde le souvenir de la chapelle Saint-Vaast. C’est là, dit la légende, que Rollon déposa les restes de sainte Hermentrude. Voilà. Le décor est planté. Revenons maintenant à nos premières élections.

Divorce à l’amiable

Le 9 octobre 1868, un arrêté préfectoral confère à Heurteauville son autonomie. Sont-ce ses habitants qui l’ont voulu ? Non. Ce sont ceux de Jumièges. Au grand dam des premiers. Résumons ici ce que nous dit Alain Joubert des motifs de cette séparation…Depuis des années, la mésentente règne au sein du conseil entre les représentants des deux rives. Ceux d’Heurteauville revendiquent leur part dans les biens communaux de Jumièges, au prétexte que leur hameau a de tout temps fait partie du domaine de l’abbaye. Depuis 1579, des actes de justice leur contestent  régulières ce droit. En 1866, les conflits entre élus ont gagné la population. C’est alors que la séparation est proposée pour apaiser les esprits. Motif officiel: l’étendue du territoire et les difficultés de communication liées à la Seine. A Heurteauville, on est contre. Cette séparation ne va-t-elle pas « rompre la communauté et la solidarité qui ont existé pendant des siècles entre ces deux parties d’un même tout. » On soupçonne les élus de Jumièges de vouloir se débarrasser d’une partie non productive du territoire. Heurteauville n’a aucune ressource propre et coûte certainement plus qu’elle ne rapporte à Jumièges. Lors de l’enquête commodo et incommodo, Alexandre Lhonorey s’insurge:  « De temps immémorial, Heurteauville a toujours fait partie de Jumièges, l’un n’a pas existé sans l’autre.. » Mais la scission est finalement acceptée par les deux parties. Après que Jumièges ait proposé de verser 4.000 F à Heurteauville « pour se séparer en bons amis » dira le maire, Aimé Lepel-Cointet. Cadeau d’adieu ? Plutôt le remboursement de la part engagée par la section d’Heurteauville dans les travaux de la section de Jumièges. On évitait ainsi un ruineux procès ! Voilà, Jumièges et Heurteauville sont maintenant séparés. Reste dans l’imaginaire cette légende: un souterrain relai les deux rives…

Des courriers confidentiels

14 novembre 1868. Le juge de Paix de Duclair, Alexandre Laire, écrit au Sénateur-Préfet de la Seine-Inférieure, Leroy de Boisaumarié :

«En réponse à votre lettre confidentielle du 10 de ce mois, j’ai l’honneur de vous informer que je ne vois pas d’inconvénient à ce que les nouvelles élections municipales dans les communes de Jumièges et d’Heurteauville, devenues nécessaires par suite de l’érection en commune distincte de la section d’Heurteauville, aient lieu le dimanche six décembre prochain et que le premier conseiller municipal inscrit au tableau pour la section d’Heurteauville est M. Lhonorey, propriétaire à Jumièges. Je me permettrai d’ajouter que M. Lhonorey est honnête et loyal, mais qu’il s’est un peu compromis par son langage et son habitude excentrique. Il affecte de ne pas aimer le gouvernement, mais je crois qu’au fond, il serait heureux d’occuper une fonction publique et qu’il y mettrait du dévouement. J’ai l’honneur, Monsieur le Sénateur Préfet, d’être votre très humble serviteur. Le juge de Paix de Duclair. A Laire.Nota. Dans la commune de Jumièges, il y a deux adjoints au maire, M. Bicheray, notaire et M. Mallet qui habite la section d’Heurteauville. Les deux jouissent, à juste titre, de l’estime et de la considération publique.»

Lhonorey l’excentrique

Qui est cet Alexandre Lhonorey qui s’empresse de porter le premier sa candidature au nouveau conseil ? Il est né le 18 avril 1819 à Déville-lès-Rouen. Le 3 janvier 1842, à 23 ans, il épouse à Jumièges Adèle Désirée Boutard, son aînée de quatre années. Sa profession: clerc de notaire. Un temps, il fut aussi le correspondant local d’un journal engagé de Rouen; « L’émancipation normande ». Excentrique, Lhonorey l’est assurément. En 1846, il fait son entrée au conseil municipal de Jumièges. Quatre ans plus tard, en juin 1850, il profère dans les rues de Jumièges des cris séditieux à l’encontre de Louis-Napoléon. La politique du « Prince-Président » suscite alors une vive opposition socialiste dans tout le pays. Lhonorey n’est pas seul à pousser ces hurlements. Il est accompagné de Bachelet, Charles Leballeur-Villiers fils et de Delaye, un ancien lieutenant dans la légion d’artillerie de la garde nationale de Paris. Un « bon citoyen » les aura dénoncé car cette manifestation leur vaut les assises. Mais revenons à Heurteauville…

Les onze élus.

Lhonorey ayant été le premier à s’inscrire sur la liste des candidats, d’autres suivirent bientôt son exemple. Présidé par Lhonorey, le scrutin du dimanche 6 décembre dessina la composition du tout premier conseil municipal. Furent élus: Alexandre L’honorey, Etienne Mallet, Athanase Lailler, Antoine Sabatier, Valery Deconihout, Oscar Duramé, Alphonse Benoist, Ferdinand Loutrel, Narcisse Danger, Denis Cauchois, Sever Chérel et Euphonie Barnabé. Maintenant, qui parmi ces hommes peut remplir la fonction de maire !..

Les pressentis…

Le 22 décembre 1868, une nouvelle note confidentielle au juge de Paix. Il faut pourvoir le plus tôt possible à la nomination d’un maire et d’un adjoint. Il demande des noms. Le 29 décembre, Laire répond:

«En réponse à votre lettre du 22 de ce mois, j’ai l’honneur de vous informer que deux membres du conseil municipal de la commune d’Heurteauville seraient aptes à faire bon maire. L’un: M. Lhonorey que vous avez bien voulu désigner pour présider les dernières élections; mais qui, pour des raisons particulières, ne veut pas accepter ces fonctions. Et l’autre, M. Etienne Mallet, propriétaire et cultivateur. Ce dernier était adjoint depuis plus de seize ans à Jumièges, section d’Heurteauville qu’il habite. Il est marié et a une fille mariée. Sa position est aisée. Il est intelligent et a un bon jugement. Son dévouement au gouvernement et à l’administration est certain. Maintenant, quant à l’adjoint à nommer, deux candidats me parraissent pouvoir être indiqués, M. Deconihout, M. Barnabé. M. Valery Deconihout est âgé de 44 ans environ, il est marié et a deux enfants dont un marié. Propriétaire et cultivateur jouissant d’environ 2000F de rente, M. Deconihout est d’un caractère indépendant et assez ferme. Il accepterait ces fonctions. Quant à M. Euphronie Barnabé, âgé de 60 ans, cultivateur très aisé, je crois qu’il accepterait mois facilement. Il est marié et a deux enfants. M. Barnabé est intelligent et, comme M. Deconihout, dévoué au gouvernement. Peut-être y aurait-il un troisième candidat pour les fonctions d’adjoint; mais celui-là ne serait point dans d’assez bons termes avec M. Mallet ; et puis, je crois qu’il aime un peu la chicane. Je veux parler de M. Sabatier père, propriétaire à Heurteauville. Il me parait très intelligent, mais aussi d’un caractère à imposer sa volonté.»

Mallet investi

Aussitôt cette lettre reçue, le préfet se fend d’un arrêté, en date du 30 décembre 1868, qui nomme Mallet maire et Deconihout adjoint. Il écrit le même jour à Mallet:

 «Vous m’avez transmis les procès-verbaux des élections qui ont eu lieu à Heurteauville les 6 et 16 décembre courant pour la nomination de 12 conseillers municipaux. Les opérations, d’après le dit procès-verbal, n’ayant soulevé aucune réclamation et me paraissant régulière, je vous prie de procéder  l’installation des nouveaux membres. Je vous serai obligé de m’adresser une copie du procès-verbal de cette installation.»

L’installation

Alors, le lundi onze janvier, à midi, je juge de Paix convoque tous nos élus à l’école. Seuls Sever Chérel et Euphonie Barnabé sont absents.

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Le juge de Paix ouvre la séance et invite Lhonorey, premier inscrit, a bien vouloir rédiger le procès-verbal. Le juge lit ensuite la lettre du Sénateur-Préfet ainsi que les arrêtés, en date du 30 décembre dernier, nommant au nom de l’Empereur Etienne Mallet et Valery Deconihout respectivement maire et adjoint d’Heurteauville. Il leur faut lever la main droite pour prêter serment devant le juge : « Je jure obéissance à la constitution et fidélité à l’Empereur. Je jure de remplir fidèlement les devoirs que m’impose la mission qui m’est confiée, en notre âme et conscience.» Les voilà officiellement installés. Le juge cède alors la présidence à Mallet qui s’installe dans le fauteuil de maire pour procéder aussitôt à l’élection d’un secrétaire de séance. Lhonorey obtient neuf suffrages sur dix. Il prend place au bureau. Immédiatement, Mallet reçoit le serment des conseillers présents dans l’ordre de leur nomination: «Je jure obéissance à la constitution et fidélité à l’Empereur.» Lèvent successivement la main droite :

  1. Lhonorey Alexandre
  2. Lailler Athanase
  3. Sabatier Antoine
  4. Duramé Oscar
  5. Benoist Alphonse
  6. Loutrel Ferdinand
  7. Danger Narcisse
  8. 8) Cauchois Denis

Le juge de Paix, dont on souligne qu’il a bien voulu rester là jusqu’en fin de séance, se lève alors pour prononcer «une allocution bien sentie, aussi sympathique que persuasive». Que dit le juge au nouveau conseil? Il souligne toute l’importance de ses devoirs «qu’il ne pourrait remplir s’il n’apportait toujours le sage esprit de concorde, d’aménité et de conciliation si utile au début d’une commune.» Devant ces belles paroles, Lhonorey se lève à son tour pour prononcer quelques mots auxquels s’associent tous les élus. «Je remercie le juge de Paix pour ses bons et paternels conseils qui seront le guide de la future administration.» Puis tout le monde signe le procès-verbal. Cette fois, Heurteauville est née.

Les notices

Mallet et son adjoint durent aussi adresser à la préfecture une notice les concernant. Que dit-elle ? Que Mallet est né à Guerbaville le 28 juillet 1798. Il est propriétaire et cultivateur, père d’une fille et sa fortune est évaluée à 1.500F. Ses états de service ? 26 ans conseiller municipal dont 18 comme adjoint spécial du «ci-devant hameau d’Heurteauville aujourd’hui commune.» Ajoutons qu’Étienne Mallet était marié à Marie-Rose Metterie.

Deconihout, lui, est né Jumièges le 18 mars 1821. Il est aussi propriétaire et cultivateur mais plus riche que Mallet: 2.500F de revenus. Deux garçons, conseiller municipal depuis quatre ans.

Tous deux signent près du cachet tout neuf de la nouvelle mairie, orné de l’aigle impérial.

cachet

Lhonorey claque la porte !

Le 20 mai 1869, Lhonorey, blessé, claque la porte du conseil municipal. Que s’est-il passé à son encontre pour qu’il fasse imprimer chez Giroux et Renaux cette feuille volante distribuée à la population ?

Jumièges, 5 juin 1869.Cher Concitoyen, Fidèle Électeur et Ami, Depuis 1846, c’est-à-dire depuis vingt-trois années, vos suffrages m’ont appelé et maintenu au Conseil municipal de Jumièges, où j’ai soutenu vos intérêts avec loyauté, avec dévouement. Dernièrement encore, lors de votre érection en commune, 113 voix sur 114 votants me nommaient Membre du Conseil d’Heurteauville et cette unanimité des Électeurs, si honorable pour l’élu, je la considérais moins comme la récompense de mes efforts dans le passé, que comme un stimulant à mon activité dans l’avenir. Ces bons rapports, nos cordiales relations qui nous avaient unis si étroitement jusqu’à présent, des circonstances vraiment déplorables où ma dignité d’homme et de conseiller a été profondément froissée, blessée, au moment même où je cherchais à assurer votre indépendance électorale et la sincérité du suffrage universel, m’ont fait un devoir de les interrompre brusquement à mes grands regrets, m’ont fait enfin une nécessité de remettre le mandat que je tenais de votre confiance et dont j’étais si fier, en donnant verbalement, le 20 mai dernier, ma démission de Conseiller municipal d’Heurteauville, démission que j’ai confirmée depuis par écrit et qui est acceptée. J’ai été et je serai toujours reconnaissant des sympathies des habitants d’Heurteauville et de leur dernier vote si spontané, si flatteur pour moi. Je devais vous rendre compte de ma détermination; je vous l’ai expliquée. L’ancien Conseiller dit adieu et merci à l’Electeur, l’Ami reste et vous serre la main, convaincu que vous lui garderez aussi votre amitié.Lhonorey

Le second conseil

Détermination, voilà qui est vite dit. Car lorsque se présentent de nouvelles élections, les 7 et 14 août 1870, Lhonorey est encore candidat.  Le conseil reste sensiblement le même. Seuls Alphonse Benoist et Denis Cauchois perdent leur siège. Ils seront remplacés par Honoré Fréret et Prosper Massif. Le dimanche 28 août suivant, à midi, tous les membre du conseil municipal élus se retrouvent en mairie en exécution de la circulaire préfectorale en date du 22 du même mois. Son présents: MM Mallet, maire, Deconihout, adjoint, Lailler, Fréret, Sabatier, Lhonoré, Thirel, Duramé, Barnabé, Loutrel, Danger et Massif.   Mallet lit la circulaire et annonce la régularité des derniers scrutins. Il y a donc lieu de procéder maintenant à l’installation des conseillers élus dans l’ordre suivant: 1er tour de scrutin :

  1.  Lailler Athanase,          — 94  suffrages
  2. Deconihout Valery        — 73
  3. Fréret Honoré               — 69
  4. Sabatier Antoine           — 68
  5. Mallet Etienne              — 67
  6. Lhonorey Alexandre    — 66
  7. Thirel Sever                — 61
  8. Duramé Oscar             — 56
  9. Barnabé Euphronie     — 54
  10. Loutrel Ferdinand     — 54

2e tour de scrutin

  1. Danger Narcisse        — 45
  2. Massif Prosper          — 36

Freret, Lhonorey, Barnabé et Massif, dernièrement élus, doivent prêter individuellement prêter serment au maire: «Je jure obéissance à la constitution et  fidélité à l’Empereur.» Cela fait, le maire déclare officiellement le conseil installé dans ses fonctions.

La session muette

Immédiatement, le conseil ouvre une session ordinaire. «Aucune proposition relative à la session n’étant à l’ordre du jour et aucun membre n’ayant demandé la parole, M. le maire déclare la séance levée et invite le conseil à signer le registre…»

La guerre de 70

Ce nouveau conseil va fonctionner dans un contexte bien particulier: la guerre de 70. Et voilà que surgit un étonnant événement: le 8 novembre, piloté par les frères Tissendier, un ballon s’échoue à Heurteauville, hâlé du fleuve par toute la population. Puis surveillé toute la nuit par les gardes nationaux d’Heurteauville, vêtus comme l’as de pique. Les navigateurs descendirent dans l’hôtel de la localité. Gaston Tissendier raconte:

legendre

« Après notre repas, un des plus anciens membres du conseil municipal nous invite à venir chez lui. Nous acceptons, et nous sommes contraints d’avaler un grand verre de cidre. Nous n’avons pas la moindre soif, mais comment refuser de trinquer avec une des autorités du pays ? Notre hôte est un vieux finot, qui n’aime pas le gouvernement, mais il déteste surtout de tout cœur le maire d’Heurtrauville, le « maire de Gambetta » comme il l’appelle. — Dans le pays, nous avions d’honnêtes gens pour nous diriger, c’est bien autre chose à présent. Not’ maire, voyez-vous bien, messieurs, il ne vaut pas ça… Et le vieux faisait claquer l’ongle de son pouce contre ses dents, d’un air expressif… »

Mallet désavoué

Qui est cet opposant au maire: Sabatier ? Toujours est-il que lorsque le lendemain matin les deux aéronautes hissent leur ballon dégonflé à bord d’un navire de passage, Mallet demande une rétribution pour les services rendus. Son vieil opposant assiste à la scène. Il la rapportera au conseil municipal qui, désavouant le maire, votera un crédit de 20F pour rembourser l’argent avancé par Tissendier. Une semaine plus tard, un conseiller d’Heurteauville ira trouver l’aéronaute à Rouen pour lui restituer l’argent. Et présenter les excuses du conseil d’Heurteauville.

Sabatier élu

En 1871, Antoine Sabatier, le vieil opposant de Mallet finit par s’asseoir dans son siège. Mallet, dont la famille est attestée à Heurteauville depuis 1240, rendit l’âme le 25 janvier 1873. Lhonorey le suivit dans la tombe le 1er novembre 1876. Mais avant cela, le fils de Sabatier, Auguste, créa en 1875 une société de chaufournier avec Henri de Saint-Denis, imprimeur à Elbeuf. Le fruit de cette association fut le four à chaux toujours visible au pied de l’ancienne carrière à ciel ouvert.

En 1881, Henri Saint-Denis achète la propriété d’Auguste Sabatier et aménage des jardins en espalier pour y planter des arbres fruitiers. Le maire de l’époque, Eugène Bardel, essaiera par deux fois de faire arrêter le chantier.  A cause des explosifs utilisés pour ce travail. Il prétexte aussi qu’un accident grave a failli se produire. Mais le maire a exagéré les faits et le préfet autorise la poursuite  du chantier.

Qui est Henri Saint Denis ? C’est l’homme de l’imprimerie Saint Denis/Durufle à Elbeuf. Il à fondé le journal l’Elbeuvien en 1881. il en est le directeur. Un journal qui ne cessera de paraître qu’en décembre 1944. Il est également historien et l’auteur de plusieur livres sur la region d’Elbeuf.

L’imprimerie elbeuvienne cultive donc ici des plantes tinctoriales afin de colorer ses impressions. Elle publia cette carte-postale avec un texte d’explication.

espaliers

«Nos jardins de culture, spécialement consacrés à la production de fleurs, feuilles et fruits employés dans la fabrication de nos cartes postales de fantaisie et de luxe sont situés en basse Seine, à Heurteauville (Seine-Inf.), vis-à-vis des imposantes ruines de l’antique et célèbre abbaye de Jumièges. Créés dans d’anciennes carrières à ciel ouvert, les terres qui en forment le fond ont été apportées et disposées, par compartiments, à toutes les orientations et suivant la composition convenant à chaque plante.»

Depuis…

Voici la liste des maires d’Heurteauville depuis la création de la commune jusqu’à la veille de la seconde guerre mondiale:

  • 1868 à 1871:  Etienne Mallet
  • 1871 à 1876:  Antoine Sabatier
  • 1876 à 1888: Eugène Bardel
  • 1888 à 1891: Gustave Desmoulin
  • 1891 à 1896: Arthur Danger
  • 1896 à 1899: Pierre Thirel qui décède le 15 février 1899 et est suppléé par Louis Fauvel.
  • 1899 à 1904: Aristide Leprince
  • 1904 à 1937: Charles Guérin
Sources:
  • Relevés aux archives départementales de Josiane Marchand.
  • Alain Joubert, L’autre côté de l’eau.
  • Géographie de la Seine-Inférieure, Bunel et Tougard.
  • Adresse de Lhonorey aux électeurs (coll. Laurent Quevilly)
  • Mémoires de Gaston Tissendier.
  • Correspondance de Flaubert.
  • http://jumieges.free.fr/heurteauville_naissance.html